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Une étudiante de Soins Infirmiers 3è année en Italie à Turin, grâce au programme Erasmus+

Une étudiante de Soins Infirmiers 3è année en Italie à Turin, grâce au programme Erasmus+

Je m’appelle Chiara, je suis étudiante infirmière à l’IFSI d’Agen-Nérac en 3ème année de formation. Pour le S5 j’ai eu l’opportunité d’effectuer un stage à l’étranger dont je vais vous parler.

Il s’agit d’un stage réalisé dans le cadre du projet ERASMUS+, grâce à la convention établie entre l’IFSI d’Agen-Nérac et l’Université de Turin. Plus particulièrement, les partenaires ont été le Département des Sciences de la Santé Publique et Pédiatrique de Turin, la Faculté de Sciences Infirmières, Le CHU « San Giovanni Battista Molinette » ainsi qu’un Centre de Santé Mentale (CSM) de Turin. J’ai donc pu réaliser un stage professionnel de 10 semaines en Italie, pays où je suis née et où j’ai vécu pendant mes 25 premières années.

Ces 10 semaines ont été très intenses et en même temps très riches et formatives. Elles m’ont permis de me confronter à un système sanitaire différent du système français. C’est un système que je connaissais déjà en tant qu’utilisatrice mais pas comme professionnelle de santé. J’ai donc pu voir « l’autre face de la médaille » tout en profitant de ma famille qui habite à une quarantaine de kilomètres de la ville de Turin et de mes amis d’enfance.

J’ai donc réalisé ce stage sur deux sites du CHU du Turin : l’hôpital « San Giovanni Battista Molinette » et le CSM. Je présenterai d’abord le premier au CHU et le deuxième au CSM.

AOU, CITTA DELLA SALUTE ET DELLA SCIEZA DI TORINO

Depuis le 01 Juillet 2012, 4 hôpitaux nationaux, le « San Giovanni Battista Molinette », le « CTO, Centre d’Orthopédie et Traumatologie », le « OIRM Hôpital Pédiatrique » et le « Sant’Anna, Hôpital de Maternité », ont été unifiés sous le AOU Città della Scienza e della Salute de Turin (Cité de la science et de la Santé).

Il s’agit d’hôpitaux très qualifiés et spécialisés, reconnus comme CHU au niveau européen. Ils emploient 9269 professionnels de santé dont 1.365 médecins, 3.784 infirmiers.

Ce regroupement d’établissement de santé comprend la plupart des spécialités médicales.

Comme cité précédemment, pendant mon stage j’ai eu l’opportunité de passer 5 semaines au sein du centre de transplantation rénale du CHU « San Giovanni Battista Molinette ».

LE CHU « SAN GIOVANNI BATTISTA MOLINETTE »

Le CHU « San Giovanni Battista Molinette » est la plus grande et la plus ancienne structure hospitalière de la région Piedmont, centre de toutes les sciences de la santé excepté maternité, gynécologie, pédiatrie, ophtalmologie et maladie infectieuses, qui sont présentes dans les autres hôpitaux annexes.

Il couvre un territoire de 142.000 mètres carrés et il se trouve sur la rive gauche du fleuve qui traverse la ville de Turin, le « Po ».

Comme tous les hôpitaux les plus anciens, il est né comme œuvre de charité pour les malades dans le besoin, pour les gens qui nécessitaient d’un refuge, et bien sûr il était sous la gestion de l’Eglise. Il est possible retrouver déjà des traces au niveau des cadastres à partir du XIII siècle ; ensuite, l’hôpital « San Giovanni Battista Molinette » a eu une vie tranquille jusqu’au XVI siècle quand l’épidémie de peste a détruit la vie des villages subalpins.

Au cours des siècles, l’Hôpital a subi des nombreuses modifications, il a incorporé d’autres structures, il a été partiellement détruit pendant les bombardements de la deuxième guerre mondiale, mais il a toujours assuré les soins d’urgences et il a accueilli un refuge antiaérien où les blessés de guerre étaient soignés.

La structure actuelle, AOU « San Giovanni Battista Molinette » est donc le fruit d’une réorganisation institutionnelle qui en 1994 a obtenu le titre de CHU de référence pour le Région Piedmont mais il est aussi reconnu au niveau national car il est le troisième plus grand d’Italie.

LE CSM, CENTRE DE SANTE MENTALE, DE VIA GORIZIA

Le Département de Santé Mentale (DSM) de la ville de Turin était partagé en deux districts selon un critère géographique qui prenaient en charge chacun les patients résidents dans la zone d’appartenance au district même.

Depuis environ 3 ans, les deux districts ont été unifiés et à ce jour ils comprennent 2 CMS, plusieurs SPDC (services psychiatriques qui se trouvent à l’intérieur des hôpitaux généraux de la ville de Turin et qui s’occupent de prendre en charge les patients pendant les phases de décompensation de la maladie), 2 centres de jour (où les patients pratiquent des activités variées tels que la pet-thérapie, le théâtre, des groupes sportifs, etc. ), et la base administrative.

De plus, en stricte collaboration de travail avec les CSM, il y a les groupes résidences, c’est-à-dire des structures protégées où les patients sont insérés pour se réautonomiser, les groupes travail, qui s’occupent de la réinsertion professionnelle, et les groupes famille, c’est-à-dire des organisations pour le support aux familles des patients pris en charge.

Les services proposés par le DSM sont utilisables par toutes les personnes qui présentent un trouble psychique sous différentes conditions : de résidence dans la zone géographique d’appartenance du district, de se présenter au CSM avec une prescription médicale, d’avoir réalisé un premier rendez-vous avec un infirmier du CSM pour un premier recueil de données, d’avoir été assigné à l’un des médecins psychiatres du CSM.

Dans le CSM de Via Gorizia, où j’ai réalisé ma deuxième partie de stage, l’équipe pluriprofessionnelle était composée de : 10 IDE, 2 AS, 1 éducateur spécialisé, 1 assistante sociale, 6 médecins psychiatres, 3 psychologues.

MON EXPERIENCE

Comme j’ai spécifié précédemment, il s’agit d’un stage réalisé dans le cadre du projet ERASMUS+. Premièrement j’ai dû présenter un projet à la directrice de l’IFSI sur l’Italie, les enjeux du stage ainsi que mes objectifs, le budget prévisionnel pour pouvoir obtenir des financements. Une fois le projet approuvé, avant mon départ, j’ai dû réaliser deux cours en e-learning d’une durée totale de 20h concernant la sécurité sur les lieux de travail. J’ai aussi réalisé les bilans biologiques qui m’ont été demandé par l’Université de Turin concernant la couverture vaccinale nécessaire pour pouvoir travailler dans les établissements de santé. Une fois toutes ces démarches terminées, j’ai pu enfin partir le 31/08/2019. Vue la facilité d’hébergement auprès de ma famille, je n’ai pas dû chercher de logement mais cela m’avait été proposé par l’Université de Turin.

Plusieurs activités sont organisées par ERASMUS+ pour permettre aux étudiants de se rencontrer, se connaitre, échanger, découvrir la ville : des Erasmus Days, des « visites découverte » de la ville de Turin, des activités sportives organisées par le Centre Universitaire Sportif (CUS) de Turin, …

J’ai réalisé mes 5 premières semaines de stage dans le service de greffe rénale du CHU « San Giovanni Battista Molinette ». Pendant ces 5 semaines j’ai pu me confronter à une réalité hospitalière différente mais en même temps très semblable à la France. L’équipe a été très accueillante, ils m’ont de suite mise à l’aise, et je pense que la connaissance de la langue a joué aussi un rôle important. En effet, en étant de langue maternelle italienne, j’ai de suite réussi à communiquer aussi bien avec l’équipe qu’avec les patients et cela d’une manière qu’encore aujourd’hui je n’arrive pas à faire en France. Certaines expressions, les rituels, les chansons, les dialectes… beaucoup de petits détails à partager avec les patients qui m’ont permis de m’immerger à 360 degrés dans ce stage et de profiter de cette expérience pour apprendre.

Dans ce service j’ai eu l’opportunité de prendre en charge des patients avant, pendant et après la greffe de rein, d’accompagner le donneur vivant et le receveur en salle opératoire, d’assister au prélèvement d’organes et à la greffe. J’ai pu aussi participer aux premiers entretiens organisés avec les patients pour l’insertion en liste d’attente pour la greffe, aux entretiens d’éducation thérapeutique post greffe pour autonomiser le patient dans la gestion de la thérapie et à la prévention des risques associés à la greffe à l’immunodépression.

Tout cela m’a permis d’avoir une vision globale du parcours du patient et des différents intervenants nécessaires pour garantir une prise en charge globale du moment où il est inséré en liste d’attente jusqu’ jusqu’à la sortie.

Au cours de ce stage j’ai pu voir des similitudes avec les protocoles français mais aussi des différences. Une chose qui m’a particulièrement étonnée a été la transfusion car en Italie toutes les culots globulaires sont nominatifs, il n’y a pas de contrôle ultime réalisé au lit du patient avec la carte pré-transfusionnelle, les contrôles des concordances de l’identité et des groupes sont réalisés par le médecin. Médecin et infirmier doivent être présents au moment du début de la transfusion. Il n’y a pas de sets à pansement, tout est réalisé avec des gants stériles et pas avec des pinces. Toutes ces petites différences m’ont permis de développer ma capacité à m’adapter à toute situation nouvelle et à apprendre de chaque expérience tout en développant un esprit critique et des méthodologies de travail qui respectent les règles de bonne pratique, bien que différentes de celles apprises à l’IFSI.

Les 5 semaines successives j’ai été affectée au CSM de Via Gorizia. Il s’agissait pour moi du premier stage en santé mentale et je l’appréhendais un peu car j’avais peur d’y avoir des difficultés relationnelles avec les patients présentant des troubles psychiques ou de ne pas être capable de gérer des situations de crise.

Pendant ce stage j’ai pu participer aux visites ambulatoires, où les patients viennent au CSM pour prendre leur thérapie. De plus j’ai pu assister aux entretiens avec les médecins psychiatres, j’ai pu observer et participer pendant un après-midi et une matinée aux appartements thérapeutiques, j’ai passé deux demi-journées aux centres de jour et j’ai eu l’opportunité de réaliser une journée dans le service hospitalier de prise en charge des patients en phase aigüe décompensée, ce qui pourrait correspondre au service d’urgences psychiatriques en France.

En ce qui concerne le CSM et les activités effectuées en ambulatoire, elles m’ont permis de comprendre l’importance du réseau, de l’interprofessionnalité et de la collaboration pluriprofessionnelle. J’ai pu collaborer avec les infirmiers, les AS, les psychiatres, la psychologue, les éducateurs et l’assistante sociale pour la prise en charge et l’accompagnement des patients au cours de leurs activités quotidiennes.

Plus particulièrement, dès le troisième jour de stage, il m’a été confié un patient qui vivait à son domicile, situé à 2 Km du CSM, avec un trouble de schizophrénie avec délires de persécution compensé depuis plusieurs mois, qui avait débuté un projet de « remise en forme » car obèse et avec qui j’allais marcher 3 fois par semaine en totale autonomie. La première fois je me suis posée beaucoup de question : qu’est-ce que je vais lui dire ? Dois-je parler ou pas ? Dois-je proposer d’autres activités ? Est-ce qu’il va être perturbé d’être avec une personne qu’il a vu seulement une fois auparavant ? Est-ce que cela peut être dangereux d’y aller toute seule ? Est-ce que je vais être capable ?

Finalement, j’ai su instaurer une communication adaptée avec le patient et une relation de confiance, ce qui m’a permis de poursuivre avec lui son projet personnalisé en toute autonomie pendant les 5 semaines.

Cette deuxième partie du stage a été aussi très riche, j’ai pu avoir un aperçu de la complexité du réseau de la psychiatrie même si très général et j’ai découvert un système assez différent du système français.

En effet, comme j’ai annoncé précédemment, en Italie il n’y a pas d’hôpitaux psychiatriques mais les services de psychiatrie se trouvent dans les hôpitaux généraux. Les patients psychiatriques se trouvent donc au milieu des autres patients mais dans des services fermés. Cependant il y a beaucoup de structures d’accueil publiques ou privées, où les patients sont accueillis après la sortie de l’hôpital quand nécessaire, et où ils devraient rester pour une période limitée pour être ensuite réinsérés dans la société. Toutefois ils y restent souvent pendant des années voir beaucoup plus, ce qui les rapproche finalement des hôpitaux psychiatriques français et des services chroniques. On peut voir la même chose au niveau des appartements thérapeutiques où j’ai rencontré des patients qui y logeaient depuis plusieurs années et dont le projet d’un retour au domicile n’était pas envisageable ou envisagé.

Une autre grande différence qui m’a particulièrement interpellée est que dans les services hospitaliers il n’y a pas de chambres d’isolement pour les patients « en crise », mais la gestion du « patient décompensé » est réalisée par la contention physique ou pharmacologique.

De plus j’ai été étonnée par les temps très longs de la psychiatrie, l’attente, l’insécurité, l’impossibilité de programmer les journées. J’ai été parfois confrontée à la frustration de faire une heure de route pour rendre visite à un patient hospitalisé qui finalement était sorti la veille et n’était plus là à notre arrivé.

Malgré cela, pendant ces 5 semaines j’ai beaucoup appris, l’équipe a été très accueillante et formatrice ainsi que les expériences que j’ai vécues. Cela m’a permis de modifier ma vision du patient psychiatrique que je voyais comme « patient en phase aigüe » et que j’appréhendais alors que ce sont la minorité et souvent on peut se retrouver assis dans le bus à côté de quelqu’un sans savoir qu’il est atteint d’un trouble psychiatrique.

CONCLUSION

Cette expérience ERASMUS+ m’a permis d’enrichir mes connaissances, de développer mes compétences professionnelles et relationnelles et de découvrir un autre système sanitaire tout en profitant de ma famille et de mes amis d’enfance.

J’ai connu de nouvelles personnes, professionnels de santé, professeurs d’université, étudiants italiens et étranger qui ont eux aussi permis d’enrichir cette expérience et de la rendre encore plus intéressante.

Je pense que cette expérience m’a permis de découvrir des pratiques différentes par rapport à celles utilisés en France et que cela m’apportera un petit plus pour la pratique de ma future profession infirmière.

Je remercie pour cela Mme CHAZOTTES, directrice de l’IFSI Agen-Nérac qui a permis que cette expérience puisse avoir lieu ainsi que Mme NIERO, responsable Erasmus et tutrice pédagogique, qui m’a aidé et supporté tout au long du stage aussi bien pour les démarches administratives mais qui a aussi assuré mon suivi de stage à distance.

J’aimerais terminer cet article avec quelques photos représentatives de cette expérience.

LA VILLE DE TURIN

 

SUR LA ROUTE DU RETOUR…

 

 

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